Déployer Exchange Server SE, de la préparation d'Active Directory au premier test
Exchange 2016 n'est plus supporté ; un déploiement neuf se fait aujourd'hui avec Exchange Server Subscription Edition. Voici l'ordre des opérations tel que Microsoft le documente, prérequis compris.
Ce guide couvre l'installation d'un serveur de boîtes aux lettres Exchange sur site : préparer Windows, étendre le schéma et préparer Active Directory, lancer le programme d'installation, puis vérifier le résultat. Il regroupe ce qui était autrefois découpé en plusieurs parties, de la préparation à la première connexion à Outlook sur le web.
Une installation d'Exchange étend le schéma Active Directory de la forêt. Faites-la d'abord dans une forêt de lab, et sauvegardez vos contrôleurs de domaine avant toute opération en production.
Exchange 2016 : fin du support, place à Exchange SE
L'ancienne version de ce tutoriel visait Exchange Server 2016. Selon la page de cycle de vie de Microsoft, son support étendu a pris fin le 14 octobre 2025, comme celui d'Exchange 2019. Microsoft le résume sur sa page des numéros de build : Exchange 2016 et 2019 sont hors support, et seules les organisations inscrites au programme de mises à jour de sécurité étendues (ESU) reçoivent encore des correctifs. L'équipe Exchange a précisé en août 2026 que ce programme s'arrête fin octobre 2026, sans nouvelle prolongation.
La version à installer est donc Exchange Server Subscription Edition (SE), disponible depuis le 1er juillet 2025 et soumise à la politique de cycle de vie moderne. Les procédures de Microsoft Learn s'appliquent indifféremment à Exchange 2019 et SE ; les commandes ci-dessous en sont tirées.
Si l'organisation contient encore des serveurs Exchange 2016, la coexistence avec SE exige qu'ils soient tous en CU23, serveurs Edge compris.
La topologie du lab
| Hôte | Rôle | Adresse | Remarque |
|---|---|---|---|
| dc01.lab.local | contrôleur de domaine, catalogue global, DNS | 192.168.10.10 | maître de schéma |
| ex01.lab.local | serveur Exchange SE, rôle Mailbox | 192.168.10.21 | serveur membre, jamais un contrôleur de domaine |
| poste01.lab.local | client Outlook et navigateur | DHCP | membre du domaine |
Les prérequis à vérifier avant tout
Microsoft liste plusieurs exigences qui font échouer l'installation si elles manquent :
- le site Active Directory du serveur doit contenir au moins un contrôleur de domaine accessible en écriture qui est aussi catalogue global ;
- Exchange s'installe sur un serveur membre, jamais sur un contrôleur de domaine ;
- le service Registre à distance (Remote Registry) doit être en démarrage automatique ;
- les systèmes d'exploitation, niveaux fonctionnels et contrôleurs de domaine supportés sont listés dans la matrice de prise en charge d'Exchange, à consulter plutôt qu'à mémoriser ;
- côté matériel, Microsoft recommande au moins 128 Go de mémoire pour un serveur Mailbox et demande au moins 30 Go libres sur le lecteur d'installation.
| Logiciel à installer sur le serveur Mailbox | Source |
|---|---|
| version supportée de .NET Framework | lien depuis la page des prérequis |
| Visual C++ Redistributable 2012 et 2013 | lien depuis la page des prérequis |
| Unified Communications Managed API 4.0 | dossier \UCMARedist du média Exchange |
| module IIS URL Rewrite | lien depuis la page des prérequis |
Les fonctionnalités Windows peuvent être installées par le programme d'installation lui-même (case à cocher de l'assistant ou commutateur /InstallWindowsComponents). Pour les installer à l'avance, Microsoft donne cette commande pour un serveur avec interface graphique :
Install-WindowsFeature Server-Media-Foundation, NET-Framework-45-Core, NET-Framework-45-ASPNET, NET-WCF-HTTP-Activation45, NET-WCF-Pipe-Activation45, NET-WCF-TCP-Activation45, NET-WCF-TCP-PortSharing45, RPC-over-HTTP-proxy, RSAT-Clustering, RSAT-Clustering-CmdInterface, RSAT-Clustering-Mgmt, RSAT-Clustering-PowerShell, WAS-Process-Model, Web-Asp-Net45, Web-Basic-Auth, Web-Client-Auth, Web-Digest-Auth, Web-Dir-Browsing, Web-Dyn-Compression, Web-Http-Errors, Web-Http-Logging, Web-Http-Redirect, Web-Http-Tracing, Web-ISAPI-Ext, Web-ISAPI-Filter, Web-Metabase, Web-Mgmt-Console, Web-Mgmt-Service, Web-Net-Ext45, Web-Request-Monitor, Web-Server, Web-Stat-Compression, Web-Static-Content, Web-Windows-Auth, Web-WMI, Windows-Identity-Foundation, RSAT-ADDS
Installez enfin les dernières mises à jour Windows avant de commencer.
Étape 1 : télécharger et monter le média
Microsoft renvoie vers sa page des mises à jour d'Exchange pour obtenir la dernière version. Pour SE, chaque mise à jour cumulative (CU) est une installation complète : un nouveau serveur s'installe directement avec la dernière version publiée, sans passer par la RTM. Dans l'Explorateur, clic droit sur l'ISO, Monter, et notez la lettre du lecteur virtuel (ici E:).
Étape 2 : préparer Active Directory
Ces commandes se lancent depuis une invite de commandes avec un compte membre des groupes Schema Admins et Enterprise Admins, sur une machine du même domaine et du même site que le maître de schéma.
Depuis les mises à jour de septembre 2021, chaque commande doit accepter la licence avec /IAcceptExchangeServerLicenseTerms_DiagnosticDataON ou /IAcceptExchangeServerLicenseTerms_DiagnosticDataOFF ; la seconde n'envoie pas de données de diagnostic à Microsoft.
E:\Setup.exe /IAcceptExchangeServerLicenseTerms_DiagnosticDataOFF /PrepareSchema
Attendez que la réplication du schéma ait atteint tous les contrôleurs de domaine (l'outil repadmin permet de le suivre), puis créez l'organisation :
E:\Setup.exe /IAcceptExchangeServerLicenseTerms_DiagnosticDataOFF /PrepareAD /OrganizationName:"Lab Pixelabs"
Le nom d'organisation est interne : il n'apparaît pas aux utilisateurs et ne détermine pas les adresses de messagerie. Dans une forêt à plusieurs domaines, /PrepareAllDomains prépare les autres domaines ; avec un seul domaine, /PrepareAD l'a déjà fait.
Étape 3 : installer le rôle Mailbox
Sur ex01, avec un compte administrateur local, l'installation silencieuse tient en une ligne :
E:\Setup.exe /IAcceptExchangeServerLicenseTerms_DiagnosticDataOFF /Mode:Install /Roles:Mailbox
Le programme copie ses fichiers, vérifie tous les prérequis du rôle et s'arrête avec un message explicite s'il en manque un. L'assistant graphique (Setup.exe sans commutateur) fait la même chose, avec une page de contrôles qui n'autorise Install que lorsque toutes les erreurs sont levées. Redémarrez le serveur à la fin.
Étape 4 : vérifier l'installation
Dans l'Exchange Management Shell, Microsoft recommande :
Get-ExchangeServer
Get-ExchangeServer -Identity ex01 | Format-List
La première commande liste les serveurs avec leur site, leurs rôles, leur édition et leur version. En cas d'erreur, le journal d'installation se trouve dans <lecteur système>:\ExchangeSetupLogs\ExchangeSetup.log, et le journal Application de Windows enregistre aussi chaque étape.
Les tâches suivantes, listées par Microsoft après l'installation : saisir la clé de produit, configurer le flux de messagerie et l'accès client, et, si besoin, abonner un serveur de transport Edge.
« Certificat non valide » dans Outlook
C'est la question qui suit presque toujours une installation neuve. Exchange installe des certificats auto-signés ; Microsoft précise que les clients ne leur font pas confiance, car ils ne figurent pas dans leurs magasins de certificats racines. Outlook et le navigateur affichent donc un avertissement en ouvrant Outlook sur le web (anciennement Outlook Web App, OWA) ou en se connectant.
La solution documentée consiste à installer un certificat émis par une autorité de certification à laquelle les clients font confiance, publique ou interne, pour les noms que les clients utilisent. Ne remplacez pas le certificat auto-signé interne d'Exchange : Microsoft indique qu'il est inutile de le changer pour chiffrer le trafic entre serveurs Exchange.
Et après l'installation
- Pour la tolérance de panne, deux serveurs Mailbox ou plus forment un groupe de disponibilité de base de données (DAG).
- Les mises à jour de sécurité doivent suivre chaque mois : la page sur la faille Exchange et ses correctifs explique pourquoi.
- En cas de souci, les outils de diagnostic Microsoft sont regroupés dans la page Exchange troubleshooting.
Tous les tutoriels de messagerie sont rassemblés dans la rubrique Exchange Server.
Questions fréquentes
Peut-on encore installer Exchange 2016 ?
Son support étendu a pris fin le 14 octobre 2025 et Microsoft le déclare hors support. Pour un déploiement neuf, Microsoft oriente vers Exchange Server Subscription Edition (SE).
Faut-il installer Exchange sur un contrôleur de domaine ?
Non. Microsoft ne le recommande pas, pour des raisons de sécurité et de performances, et ne supporte pas le changement de rôle après installation. Installez Exchange uniquement sur un serveur membre.
Pourquoi la commande /IAcceptExchangeServerLicenseTerms ne fonctionne plus ?
Depuis les mises à jour de septembre 2021, il faut choisir entre les variantes DiagnosticDataON et DiagnosticDataOFF, qui acceptent la licence en indiquant si des données de diagnostic sont envoyées à Microsoft.
Pourquoi Outlook affiche-t-il « certificat non valide » ?
Parce qu'Exchange utilise au départ des certificats auto-signés auxquels les clients ne font pas confiance. Installez un certificat d'une autorité reconnue par les postes, couvrant les noms utilisés par Outlook et le navigateur.
Comment vérifier qu'Exchange est bien installé ?
Lancez Get-ExchangeServer dans l'Exchange Management Shell, puis relisez le fichier ExchangeSetup.log du dossier ExchangeSetupLogs à la recherche d'erreurs.